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Entrez dans mon univers à travers ce blog qui vous fera découvrir mes nouvelles, des extraits de mes livres remplis de fantaisie et fantasy, ainsi que mes coups de coeur littéraires. Tout d’abord je vous remercie de partager avec moi cette nouvelle aventure. Bien entendu, si j’ai créé ce blog, c’est en premier pour faire connaître mes travaux. Aussi je vous invite à partager mes posts sans modération… Mais j’aimerais surtout qu’il soit convivial et attrayant. Si vous avez des suggestions, n’hésitez pas à m’en faire part.


THILDANIA épisode 2

Publié par Catherine Barcelonne sur 10 Novembre 2018, 23:23pm

Deux heures plus tard, ils cheminaient à rythme soutenu vers leur destin. Ils traversaient les contrées boisées et civilisées de Thildania sans encombre. Les gens, reconnaissant leur prince et son fidèle compagnon, les saluaient et Agus ne manquait jamais de répondre à leurs amabilités ainsi qu’à leurs questions. Au détour d’un village, ils purent estimer l’ampleur du péril qui s’annonçait. Le hameau accueillait des survivants des royaumes voisins. Les pauvres hères avaient été installés dans les chaumières, mais les plus valides somnolaient, faute de suffisamment de place, assis sur des paillasses dans les rues. Agus stoppa sa monture et fit signe à Eggi de l’imiter. Ayant attaché les chevaux près d’un abreuvoir à l’ombre d’un chêne, ils entrèrent dans l’une des maisons.

— Il faut glaner le plus d’informations sur l’ennemi. Les rapports que j’ai lus sont évasifs et très approximatifs. Je suspecte les enquêteurs de négligence, bien des gens refusent d’approcher les blessés par peur d’une quelconque contamination. Je prends le premier étage et toi le rez-de-chaussée.  

Ils pénétrèrent dans l’auberge aménagée pour l’occasion en hôpital de campagne. L’odeur rance du sang et de la putréfaction assaillit leurs narines et de toutes parts des gémissements douloureux parvenaient à leurs oreilles. Quand leur vision se fut accommodée à la pénombre de la pièce, ils découvrirent des rangées de paillasses occupées par des créatures qui ne ressemblaient presque plus à des humains. Tandis qu’Agus se se déplaçait vers l’escalier menant à l’étage, le nain avisa un lit dont le locataire semblait plus vivant que les autres.

— Bonjour. Je me nomme Eggi et souhaiterais parler avec vous de ce qui a causé ces blessures.

Suivant la direction de l’index d’Eggi, l’individu regarda l’endroit où devait se trouver son bras droit. Un bandage teinté de sang enserrait le moignon au niveau du coude. De la seule main qui lui restait, il essuya les gouttes de transpiration qui perlaient sur son front. Eggi devina que chaleur et douleur se partageaient l’origine des suées du malade. Fouillant dans son sac il en sortit un éventail.

— Voici de quoi occuper votre bras valide.

Surpris, le blessé accepta le cadeau et commença à battre l’air.

— Vous voulez connaître comment ces choses nous ont massacrés. J’étais soldat dans l’armée du Romian au sud de Thildania. Nous avons reçu l’alerte d’une attaque par les tours de guet qui allumaient leur feu les une après les autres. Le temps de rassembler les troupes et de se déplacer, nous n’avons rencontré que des cadavres exsangues. Cependant, en quittant un village dévasté, nous sommes tombés sur un survivant, un garçon d’à peine une dizaine d’années. Le pauvre petit ne pouvait s’arrêter de trembler, le regard hagard et muet comme une pierre. Il nous fallut attendre deux jours pour qu’il puisse suffisamment reprendre ses esprits et donner quelques détails. 

Tout en s’activant à battre l’air de son éventail, le blessé tenta de se redresser sur la paillasse. Eggi s’empressa de l’aider à s’assoir et accommoda l’oreiller pour qu’il puisse s’adosser le plus confortablement possible.

— Il nous raconta ainsi qu’alors qu’il était au sommet de la colline surplombant le village à surveiller son troupeau, il vit au loin un nuage de poussière grossir à grande vitesse. Quittant ses bêtes il courut prévenir les siens, mais ses petites jambes ne le portèrent pas assez vite et lorsqu’il arriva enfin aux premières maisons, il entendit les hurlements des habitants. Terrorisé, il se cacha dans une meule de foin qui jouxtait la masure. Il ne vit rien, mais retint d’étranges bruits de succion et de cliquetis.

Eggi  avait écouté sans couper son interlocuteur. Il tendit un verre rempli d’une eau tiède et le soldat le but d’un trait.

— Nous avons creusé une grande fosse et y avons enterré les corps. Je devrais plutôt dire les morceaux, car pas un n’était entier. La plupart étaient lacérés et une partie manquait à chaque fois. Nous quittâmes le village, emmenant le seul rescapé traumatisé. Nous progressions depuis deux jours quand le petit poussa un hurlement en voyant un nuage de poussière arriver sur nous. Nous nous mîmes en formation de combat, mais l’adversaire nous était complètement inconnu. Nous affrontâmes des monstruosités, à l’allure d’insectes géants. Brunes, elles se déplacent sur deux longues pattes et mesurent environ deux mètres. Nous asseyions de frapper l’endroit qui nous paraissait le plus vulnérable, leur taille très fine d’où s’élève un large thorax. Mais leurs quatre bras terminés de pinces acérées qui cliquettent sans discontinue paraient facilement nos saillies. Quant à la tête, horrible, plate et sans nez, mais munies de petits yeux rouges se trouvait bien souvent hors de la portée de nos épées. D’un bec qui remplace la bouche, elles crachaient un fluide visqueux qui fondait tout ce qu’il touchait. J’ai vu tant de mes camarades hurler alors que leur visage se liquéfiait. Sans effort, les monstres les achevaient en les embrochant de leur appendice.

Relater les tragiques évènements sembla raviver les affres du blessé qui gémit en agrippant le moignon. Eggi  se hâta de dénouer sa bourse pour en extraire une racine roussâtre dont il découpa une fine tranche.

— Tenez, mâchez ça, ça calmera la douleur physique et apaisera celle de l’âme.

La nausée le tenaillait à imaginer tous ces hommes tordus de souffrance, les mains sur leur visage se décomposant, ces mêmes mains qui, touchant le fluide se liquéfiaient à leur tour... Mais Eggi devait inciter le soldat érudit à terminer son récit avant qu’il ne sombre dans un profond sommeil. Il connaissait parfaitement les effets de la mandrabella, comme il l’avait baptisée, car il en était le créateur. Déjà, les traits du pauvre blessé se détendaient et bientôt il s’endormirait pour au moins deux jours. Celui-ci s’exécuta de bonnes grâces

— Nous tombions comme des mouches, soit touchés par les projections acides, soit embrochés comme de vulgaires cochons de lait. Les pertes chez les monstres n’étaient pas assez importantes et nous allions tous crever là, réduits en bouillis ou dépecés vivants. Alors que je me démenais à viser les articulations d’un de ces foutus insectes en évitant ses glaires mortifères, je vis le gamin se ruer dans la bataille. Il avait dû en arriver à la même conclusion que moi et ne voulait pas rester terré en attendant son tour. Il brandissait une torche improvisée et toucha le torse du premier monstre à sa portée. À ma grande surprise, la créature s’embrasa comme une paille sèche. Elle tournoya quelques instants, heurtant ses congénères qui prirent feu à leur tour. Je ne sais pas comment j’ai fait, mais en un clin d’œil j’étais sur le petit, le protégeant de mon corps tout en le poussant à l’abri. Mon intuition fut la bonne. Car alors que les monstres s’immolaient les uns les autres, au bout d’un moment, ils explosaient et leurs lambeaux brulaient tout ce qu’elles rencontraient. J’ai aplati le gosse sous moi et j’ai attendu. Mon dieu comme le temps passe lentement dans ces moments-là. Au bout de ce qui me parut une éternité, j’ai ressenti une vive douleur au niveau de mon poignet droit. Une mucosité pas plus gosse qu’une olive avait atterri là et la peau commençait à se liquéfier. Malgré la souffrance, je restais pétrifier à regarder ma main fondre comme une motte de beurre au soleil. Le gamin, lui, n’avait rien et surtout gardait la tête sur les épaules. Il se dégagea rapidement, attrapa le premier brandon embrasé et me l’appliqua sans hésiter. Je ne savais pas que la douleur que je ressentais pouvait être pire, mais je m’étais trompé. Je crois que j’ai hurlé à me rompre les cordes vocales et plus rien. Je me suis réveillé ici avec un bandage jusqu’au coude et une fièvre à dégeler un mort. Le gamin m’a sauvé, sans son intervention je serais aujourd’hui réduit à l’état de flaque.

Les paupières s’alourdissaient, les mots venaient plus lentement, les phrases se faisaient hachurées, mais le soldat luttait pour terminer.

— Je ne sais pas ce qu’il est devenu. Il faut le retrouver. S’il vous plait, débarrassez la terre de cette vermine et retrouvez le petit. Il... Il faut que… je… le… remerc…

La racine avait eu raison de la ténacité du blessé. À cause de la dose administrée, Eggi ne pourrait plus rien en tirer pendant au moins deux jours. Il savait l’homme dans les bras de Morphée, mais lui murmura quand même la promesse de faire tout son possible pour trouver le garçon.

De toute façon, il connaissait l’essentiel et commençait à entrevoir les prémices de solution et d’espoir.

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